Le Blason

de Soultz-Les-Bains

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L'usage du sceau était courant au Moyen-Age, il servait de signature, car la plupart des personnes ne savait ni lire ni écrire. Le blason se présente sous la forme d'un écu que la Commission départementale d'héraldique a défini comme suit : "d'or à la croix bleue accompagnée de 4 petits aigles noirs dont les ailes sont abaissées".

Pour plus de détails cf. L'histoire des armoiries : un sujet controversé, page 112, Raymond Moser, in Soultz-les-Bains, Traditions et mutations d'un village au passé millénaire - éditions Coprur.

Extrait de "L'histoire des armoiries : un sujet controversé, page 112, Raymond Moser, in Soultz-les-Bains, Traditions et mutations d'un village au passé millénaire - éditions Coprur."

Le nouveau blason de Soultz, version 1962 :

Pour établir les armoiries de Soultz-les-Bains, la commission s'est inspirée de documents authentiques qui sont cités en référence dans la lettre adressée au maire en 1962. Ces pièces justificatives sont :

- L'armorial de la généralité d'Alsace p. 58 n° 162: "Communauté de Soultz (sous Forêts ou les Bains'?) : porte d'or à une croix d'azur, cantonnée de quatre aiglons, leurs vols abaissés, de sable";

- deux sceaux de la communauté de Soultz existant, l'un aux A. M. de Molsheim (1651) il est isolé, détaché de tout document, très endommagé mais ressemble comme un frère au deuxième, mieux conservé. Ce dernier aux A. D. du Bas-Rhin, 1662, est quoique usé, une pièce unique et déterminante. Il est attaché par des cordelettes à un parchemin sur lequel figure un acte de vente passé entre Hans Manck et Philippe Marchio, curé à Soultz-les-Bains.

Voyons l'acte de vente authentifié par le sceau d'abord puis le sceau lui-même. Il s'agit d'un parchemin sur lequel figure un contrat de vente passé devant les autorités locales, à savoir Schultheiss, Gericht etc. . . Il est authentifié et légalisé par le sceau attaché au document au moyen de cordelettes.

" Wir. . . bekhenen und thun Kund jedermanglichen hiermit diesen Brief, dass wir heuth dato bei einander versammelt gewesen, vor uns persönlich kommen u. erschienen ist, der ersamb Hanns Manck unser Mitburger und auch seine Hausfraue haben öffentlich bekannt, was gestalten seie fur sich u. ihre Erben. . . verkauft und zu kauffen geben haben dem wohlerwürdigen u. wohlgelehrten Herrn Philippo Marchioni, Pfarrer allhier. . . ein acker Matten, im Sulzbann, im Iebell genannt, einseit neben Martin Bender von Molsh; die anderseit neben der Sigristen Matten zu Avolsheim, oben auf Allmend u. unten auf ein gegen stück, für. . ."

Le sceau de 1662, partiellement usé, est de forme circulaire. Il se compose de plusjeurs parties. Sur le bandeau circulaire extérieur figure une inscriptjon dont seules quelques lettres sont visjbles. A l'intérjeur, l'écu: il est divisé en quatre quartiers par une croix et dans chaque quartier est placé un grand volatile aux ailes déployées, vu de trois-quarts et ressemblant à un aigle. Entre l'écu et l'inscription périphérique se placent les "soutiens", à savoir des feuilles de palmier .

En conséquence, partant de l'iconographie des sceaux et se référant à l'armorial de Louis XIV, entre lesquels il y a concordance certaine, la commission a établi les nouvelles armoiries :

"d'or à la croix bleue accompagnée de 4 petits aigles noirs dont les ailes sont abaissées ".

Ajoutons que l'iconographie relevée sur les bornes communales confirme ce choix. Sur les treize bornes inventoriées (voir article de M. Starke) , huit sont armoriées.

Tous les huit bas-reliefs représentent un écu divisé en quatre par une croix, cantonnée d'oiseaux. Contrairement au sceau où sont gravés de grands oiseaux, aux ailes déployées et en position d'atterrissage, ici, sur les bornes, figurent des oiseaux de petite taille, aux ailes repliées.

Au terme de cette longue quête, faisons le bilan.

On est en droit de conclure par une certitude et une incertitude. Il est certain que le blason de Soultz-les-Bains est composé d'un écu divisé en quatre par une croix intérieure. Cela est prouvé et confirmé par des documents incontestables : les deux sceaux de Soultz-les-Bains existant aux archives de Molsheim et Strasbourg, l'armorial de Barthélémy et les bas-reliefs sur les bornes communales.

En conséquence, l'ancien écu "dit de Schoenhaupt " coupé en deux par une diagonale rouge, est erroné car pure invention de son auteur: il est à condamner et à rejeter sans hésitation.

Dans chacun des quatre quartiers de l'écu figure un oiseau, mais quelle est sa nature ? : aiglette, grande outarde, petite outarde ou merle ? Nous sommes au coeur du problème. Le grand oiseau représenté sur le sceau est-il un aigle ou une grande outarde? Le petit oiseau représenté sur les bornes communales est-il un aiglon ou une petite outarde ?

Les avis sont partagés car deux thèses sont en présence. La thèse "aquiliphile" ou pro-aigle. Il s'agit d'un plaidoyer favorable à la thèse aigle qui peut s'appuyer sur plusieurs arguments. Dans Barthélémy, il est fait mention d'aigle; d'après l'aspect physique du volatile représenté sur le sceau, on a affaire à un aigle.

Sur les 8 bornes communales armoriées, l'une, datée de 1725 et entreposée momentanément au Biblenhof, est relativement bien conservée. Les 4 oiseaux qui figurent sur le bas-relief sont petits de taille, ont le bec aquilin et des pattes munies de 3 ongles antérieurs et d'un ongle postérieur très prononcé. On peut les considérer comme étant des aiglons car leurs pattes sont munies de 3 doigts antérieurs et d'un 4ème postérieur, alors que l'outarde est dépourvue de ce 4ème doigt. C'est un signe distinctif pour identifier les deux volatiles.

Le sceau de Soultz-les-Bains a déjà servi à légaliser l'union entre les communautés de Biblenheim et Soultz en 1556, à une époque où l'Alsace appartenait au Saint-Empire romain germanique (1). Or, le symbole par excellence de l'Empire est l'aigle (2). Pendant une courte période, Soultz a même appartenu à l'empereur pour moitié (fin XIIIème-début XIVème siècle) (3) . Dernier argument et non des moindres : en supposant que Soultz ait déjà eu son surnom "Trapphianle" à l'époque, est-il pensable que des responsables de la communauté mettent le symbole de leur surnom sur le cachet officiel, au risque de se ridiculiser ?

La thèse "aquiliphobe" ou anti-aigle. Les partisans de cette thèse ont aussi des arguments à avancer. Lesquels ?

D'après l'aspect physique de l'oiseau figurant sur le sceau, il ne s'agit pas obligatoirement d'un aigle car le bec semble droit et non aquilin et les pattes ne sont pas nanties de serres acérées propres aux rapaces. Une grande outarde peut avoir le même aspect. La tradition orale ne fait pas référence à des aigles.

Les bornes communales armoriées représentent des petits oiseaux, dont la nature est discutable.

En conclusion, disons que l'écusson à la croix s'impose de toute évidence vu les preuves avancées, quant à la figuration du volatile, le choix balance entre l'aigle mentionné par Barthélémy, l'oiseau - aiglon ou petite outarde sur les bornes et l'aigle ou grande outarde sur le sceau.

Mais force est de constater que les arguments de la thèse pro-aigle sont de loin plus nombreux et plus solides que ceux de la partie adverse .

Au terme de ce bilan soyons clairs et précis et ne confondons plus blason et surnom. Nous sommes et restons des Trapphiänle, qui est notre surnom; nous retrouvons et gardons notre vrai blason, à savoir l'écu divisé en 4 par une croix, cantonnée d'aigles.

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(I) L'Alsace devint française en 1648 par le traité de Westphalie.
(2) Rappelons que Dangolsheim, commune voisine, a un aigle bicéphale sur les bornes communales.
(3) A.B.R. G70 (1293) " . . l'empereur et l'évêque de Strasbourg posséderont par indivis: Dankratzheim, Soultz etc. . "